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Licenciement économique : conditions, procédure et indemnités

Le licenciement économique constitue une rupture du contrat de travail justifiée par des motifs extérieurs au salarié. Contrairement au licenciement pour motif personnel, il ne résulte pas d'un comportement ou d'une insuffisance du salarié, mais de la situation économique de l'entreprise.


Cette procédure encadrée par le Code du travail impose à l'employeur des obligations strictes pour protéger les droits des salariés concernés.



Qu'est-ce qu'un licenciement économique ?

Selon l'article L1233-3 du Code du travail, le licenciement économique résulte d'une suppression ou transformation d'emploi, ou d'une modification refusée du contrat de travail.

Ces changements doivent être consécutifs à des difficultés économiques, des mutations technologiques, une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité, ou une cessation d'activité.

Le motif ne doit jamais être lié au comportement ou aux performances du salarié. Il s'agit d'une rupture qui trouve sa source dans la situation de l'entreprise elle-même.


Quels sont les motifs valables ?

Pour être légalement fondé, le licenciement économique doit reposer sur une cause réelle et sérieuse. Quatre motifs principaux sont reconnus par la loi :

  • Les difficultés économiques : baisse des commandes, chiffre d'affaires en diminution, pertes d'exploitation durables ou redressement judiciaire.
  • Les mutations technologiques : introduction de nouvelles technologies, informatisation ou modernisation des outils de production rendant certains postes obsolètes.
  • La réorganisation de l'entreprise : restructuration nécessaire pour préserver la compétitivité face à la concurrence ou aux évolutions du marché.
  • La cessation d'activité : fermeture définitive de l'entreprise, d'un établissement ou d'une ligne de production, à condition que cette cessation ne résulte pas d'une faute de l'employeur.

Les difficultés économiques doivent être importantes et durables. Une simple baisse ponctuelle d'activité ne suffit pas à justifier un licenciement économique. Les juges vérifient systématiquement la réalité et le sérieux des motifs invoqués.


Quelles conditions doivent être respectées ?

L'employeur ne peut procéder au licenciement qu'après avoir rempli plusieurs obligations légales destinées à limiter les suppressions d'emploi.


L'obligation d'adaptation et de formation

Avant tout licenciement, l'employeur doit démontrer qu'il a mis en œuvre tous les efforts de formation et d'adaptation possibles pour maintenir le salarié dans son emploi.


L'obligation de reclassement

Le reclassement constitue une obligation préalable incontournable. L'employeur doit rechercher activement des postes disponibles :

  • Dans l'entreprise sur le territoire national
  • Dans les autres entreprises du groupe situées en France
  • Dans les entreprises du groupe à l'étranger, avec l'accord du salarié

Les propositions de reclassement doivent être écrites, précises et personnalisées. Une simple diffusion de liste de postes vacants ne répond pas à cette exigence légale.


Les critères d'ordre des licenciements

En cas de licenciement collectif, l'employeur doit définir des critères objectifs pour déterminer quels salariés seront licenciés. Ces critères comprennent notamment l'ancienneté, les charges de famille, les difficultés de réinsertion et les qualités professionnelles.

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Le cabinet Badina Letoue, expert en droit du travail à Rouen, est en mesure de vous accompagner.

Comment se déroule la procédure de licenciement économique ?

La procédure varie selon le nombre de salariés concernés. Voici les étapes principales du licenciement économique individuel :


1. Consultation du CSE

Si l'entreprise dispose d'un Comité Social et Économique, celui-ci doit être informé et consulté sur le projet de licenciement.


2. Convocation à l'entretien préalable

Le salarié reçoit une convocation par lettre recommandée ou remise en main propre, au moins 5 jours ouvrables avant l'entretien. Cette convocation précise l'objet de l'entretien, la date, l'heure et le lieu.


3. Entretien préalable

Lors de cet entretien, l'employeur expose les motifs du licenciement envisagé. Le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise ou par un conseiller extérieur.


4. Notification du licenciement

Au moins 7 jours ouvrables après l'entretien (ou 15 jours pour un cadre), l'employeur envoie la lettre de licenciement par recommandé avec accusé de réception. Cette lettre doit obligatoirement mentionner le motif économique précis et justifier la suppression du poste.


5. Préavis et fin du contrat

Le salarié doit en principe effectuer un préavis, sauf dispense de l'employeur ou si le salarié accepte le Contrat de Sécurisation Professionnelle.


Quelles indemnités le salarié peut-il percevoir ?

Le salarié licencié pour motif économique bénéficie de plusieurs indemnités, sous réserve de remplir les conditions d'ancienneté requises.


L'indemnité légale de licenciement

Elle est due au salarié en CDI justifiant d'au moins 8 mois d'ancienneté ininterrompue. Son calcul s'effectue selon la formule suivante :


Ancienneté Montant de l'indemnité
Jusqu'à 10 ans 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté
Au-delà de 10 ans 1/3 de mois de salaire par année d'ancienneté supplémentaire

Le calcul se base sur les salaires bruts perçus avant le licenciement. La convention collective ou le contrat de travail peut prévoir des dispositions plus favorables.


L'indemnité compensatrice de préavis

Si le salarié est dispensé d'effectuer son préavis, l'employeur lui verse une indemnité compensatrice équivalente au salaire qu'il aurait perçu pendant cette période.


L'indemnité compensatrice de congés payés

Cette indemnité compense les congés payés non pris à la date de rupture du contrat. Elle est due même en cas de faute grave.


Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)

Dans les entreprises de moins de 1000 salariés ou en redressement judiciaire, l'employeur doit proposer au salarié le CSP. Ce dispositif offre un accompagnement renforcé vers le reclassement pendant 12 mois, et des actions de formation professionnelle.

Le salarié dispose de 21 jours pour accepter ou refuser cette proposition. En cas de refus, il perçoit l'allocation d'aide au retour à l'emploi classique.


Quels recours en cas de contestation ?

Le salarié peut contester son licenciement devant le Conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois suivant la notification.


Licenciement sans cause réelle et sérieuse

Si les juges estiment que le motif économique n'est pas fondé ou que l'obligation de reclassement n'a pas été respectée, le licenciement est considéré comme injustifié.

Le salarié peut alors obtenir des dommages et intérêts dont le montant varie selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise, dans le cadre d'un barème fixé par la loi.


Licenciement irrégulier

En cas de vice de procédure (absence de convocation, d'entretien préalable, ou lettre de licenciement insuffisamment motivée), le licenciement reste valable si le motif économique est réel, mais le salarié obtient une indemnité ne pouvant excéder un mois de salaire.


Licenciement nul

Le licenciement est considéré comme nul en cas de discrimination, de violation d'une liberté fondamentale, ou d'irrégularité grave du Plan de Sauvegarde de l'Emploi.

Dans ce cas, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise. Si celle-ci est refusée ou impossible, le salarié perçoit une indemnité d'au moins 6 mois de salaire, sans plafonnement.

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