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Indemnités de licenciement économique : simulation, calcul et montant

Le licenciement économique est une rupture du contrat de travail à l'initiative de l'employeur, motivée par des raisons économiques indépendantes de la personne du salarié. Qu'il s'agisse d'une suppression de poste, d'une réorganisation de l'entreprise ou de difficultés économiques, le salarié licencié pour motif économique bénéficie de plusieurs indemnités cumulables. Cet article vous guide pas à pas pour comprendre, calculer et faire valoir vos droits.



1. Conditions pour bénéficier des indemnités

Pour prétendre aux indemnités de licenciement économique, le salarié doit remplir plusieurs conditions cumulatives :

  • Être lié à l'employeur par un contrat de travail à durée indéterminée (CDI)
  • Justifier d'une ancienneté minimale de 8 mois dans l'entreprise (depuis la loi Travail de 2017)
  • Ne pas avoir commis de faute grave ou lourde
  • Avoir été licencié pour un motif économique réel et sérieux (difficultés économiques, mutations technologiques, sauvegarde de la compétitivité, cessation d'activité)

À noter : Les salariés en CDD ne bénéficient pas de l'indemnité de licenciement, mais peuvent percevoir une indemnité de fin de contrat (10 % de la rémunération brute totale). Les salariés en période d'essai ne perçoivent aucune indemnité.


2. L'indemnité légale de licenciement

L'indemnité légale de licenciement est le socle minimal garanti par le Code du travail (article L. 1234-9). Elle est calculée en fonction du salaire brut de référence et de l'ancienneté du salarié.


Formule de calcul

  • Tranche 1 : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années
  • Tranche 2 : 1/3 de mois de salaire par année d'ancienneté au-delà de 10 ans

Le salaire de référence est le plus favorable entre :

  • La moyenne des 12 derniers mois de salaire brut
  • La moyenne des 3 derniers mois de salaire brut (en comptant les primes et éléments variables au prorata)

Exemple de calcul - Indemnité légale

Situation : Marie, salariée depuis 14 ans, perçoit un salaire brut mensuel moyen de 2 800 €.

  • Tranche 1 (10 premières années) : 10 × (2 800 / 4) = 10 × 700 = 7 000 €
  • Tranche 2 (4 années au-delà de 10 ans) : 4 × (2 800 / 3) = 4 × 933,33 = 3 733,33 €
  • Total indemnité légale : 10 733,33 €

3. L'indemnité conventionnelle de licenciement

La convention collective applicable à l'entreprise peut prévoir des modalités de calcul plus favorables que l'indemnité légale. Dans ce cas, c'est l'indemnité conventionnelle qui s'applique, car elle ne peut jamais être inférieure au minimum légal.


Certaines conventions collectives prévoient :

  • Un taux de calcul plus élevé (ex. : 1/3 de mois dès la 1ère année)
  • Une prise en compte de l'ancienneté à partir du premier jour (sans plancher de 8 mois)
  • Des majorations selon la catégorie professionnelle (cadre, technicien, ouvrier)
  • Des plafonds ou planchers spécifiques

Exemple de calcul – Indemnité conventionnelle

Situation : Thomas est cadre dans une entreprise soumise à la convention collective des bureaux d'études (Syntec), depuis 8 ans, avec un salaire brut mensuel de 4 500 €. La convention prévoit : 1/3 de mois par année pour les 3 premières années, puis 1/2 mois par année au-delà.

  • Tranche 1 (3 premières années) : 3 × (4 500 / 3) = 3 × 1 500 = 4 500 €
  • Tranche 2 (5 années restantes) : 5 × (4 500 / 2) = 5 × 2 250 = 11 250 €
  • Total indemnité conventionnelle : 15 750 €
  • Indemnité légale équivalente : 9 000 € → La convention est plus favorable ✓

4. L'indemnité compensatrice de préavis

Lorsque le salarié est dispensé d'effectuer son préavis par l'employeur, il perçoit une indemnité compensatrice de préavis, égale au salaire qu'il aurait perçu s'il avait travaillé durant cette période.


La durée du préavis est fixée par :

  • La loi : 1 mois (entre 6 mois et 2 ans d'ancienneté) ou 2 mois (à partir de 2 ans)
  • La convention collective (si plus favorable)
  • Le contrat de travail (si plus favorable)

Exemple de calcul – Indemnité compensatrice de préavis

Situation : Lucie, salariée depuis 5 ans, a un salaire brut mensuel de 2 200 €. Son employeur la dispense d'effectuer son préavis de 2 mois.

  • Indemnité compensatrice de préavis = 2 200 € × 2 = 4 400 € brut

Important : Cette indemnité est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu, car elle est assimilée à du salaire.


5. L'indemnité compensatrice de congés payés

À la rupture du contrat, si le salarié n'a pas pris tous ses congés payés acquis, il perçoit une indemnité compensatrice de congés payés pour les jours non pris.


Elle est calculée selon la méthode la plus favorable entre :

  • 1/10e de la rémunération brute totale perçue sur la période de référence
  • Le maintien du salaire (salaire qu'il aurait perçu s'il avait pris ses congés)

Exemple de calcul – Indemnité compensatrice de congés payés

Situation : Mehdi quitte l'entreprise avec 10 jours de congés non pris. Son salaire journalier brut est de 120 €.

  • Méthode du maintien de salaire : 10 jours × 120 € = 1 200 €

6. Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)

Dans les entreprises de moins de 1 000 salariés, ou en cas de redressement/liquidation judiciaire, l'employeur est tenu de proposer au salarié un Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP). Ce dispositif vise à favoriser le retour à l'emploi.


En cas d'acceptation du CSP, le salarié bénéficie :

  • D'une allocation de sécurisation professionnelle (ASP) égale à 75 % du salaire journalier de référence brut
  • D'un accompagnement renforcé par France Travail (ex-Pôle Emploi)
  • Du versement de l'indemnité légale de licenciement dès la rupture du contrat
  • D'une durée maximale de 12 mois

Exemple – CSP

Situation : Sophie, avec un salaire journalier brut de référence de 90 €, accepte le CSP.

  • ASP mensuelle ≈ 90 € × 75 % × 30 jours = 2 025 € brut/mois

7. Tableau récapitulatif des indemnités

Voici un tableau synthétisant les principales indemnités auxquelles peut prétendre un salarié licencié pour motif économique :


Type d'indemnité Base de calcul Conditions Fiscalité
Indemnité légale de licenciement 1/4 mois/an (≤10 ans) + 1/3 mois/an (>10 ans) 8 mois d'ancienneté minimum Exonérée dans certaines limites
Indemnité conventionnelle Selon convention collective (si plus favorable) Convention applicable à l'entreprise Exonérée dans certaines limites
Indemnité compensatrice de préavis Salaire mensuel × durée du préavis Dispense de préavis par l'employeur Imposable + cotisations sociales
Indemnité compensatrice de congés payés Jours non pris × salaire journalier Congés acquis non utilisés Imposable + cotisations sociales
Allocation de sécurisation professionnelle (CSP) 75 % du salaire journalier de référence brut Entreprise <1 000 salariés, acceptation du CSP Imposable

8. Régime fiscal et social des indemnités

Le traitement fiscal des indemnités de licenciement économique est encadré par le Code général des impôts et le Code de la sécurité sociale.


Exonérations applicables

  • L'indemnité légale ou conventionnelle est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des trois montants suivants :
    • Le montant légal ou conventionnel de l'indemnité
    • 2 fois la rémunération annuelle brute perçue l'année précédant la rupture
    • 50 % de l'indemnité totale versée
  • Ces exonérations sont plafonnées à 6 fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS), soit environ 278 208 € en 2024
  • L'indemnité est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le PASS
  • La CSG/CRDS s'applique sur la fraction dépassant le montant légal ou conventionnel

Attention : L'indemnité compensatrice de préavis et l'indemnité compensatrice de congés payés sont intégralement soumises aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu, car elles constituent un substitut de salaire.

Le cabinet Badina Letoue est en mesure de vous accompagner concernant vos problématiques en droit du travail.

FAQ - Questions fréquentes sur l'indemnité

Peut-on cumuler l'indemnité légale et l'indemnité conventionnelle ?

Non. Les deux indemnités ne se cumulent pas. L'employeur doit verser la plus favorable des deux au salarié. Si la convention collective prévoit un montant supérieur à l'indemnité légale, c'est l'indemnité conventionnelle qui s'applique.


À quel moment l'indemnité de licenciement est-elle versée ?

L'indemnité de licenciement doit être versée au moment de la rupture effective du contrat de travail, c'est-à-dire à la fin du préavis (ou de la dispense de préavis). Elle figure sur le solde de tout compte.


Que se passe-t-il si l'employeur ne verse pas les indemnités ?

En cas de non-paiement des indemnités, le salarié peut saisir le Conseil de Prud'hommes pour obtenir le versement des sommes dues, assorti d'éventuels dommages et intérêts. Le délai de prescription est de 3 ans pour les créances salariales.


Les indemnités sont-elles dues en cas de licenciement pour faute grave ?

Non. En cas de faute grave ou lourde, le salarié ne perçoit ni l'indemnité légale de licenciement ni l'indemnité compensatrice de préavis. En revanche, il conserve le droit à l'indemnité compensatrice de congés payés.


L'ancienneté est-elle calculée en jours ou en années entières ?

L'ancienneté est calculée en tenant compte des années, mois et jours d'ancienneté (calcul au prorata temporis). Une année incomplète donne lieu à une indemnité calculée proportionnellement au nombre de mois de présence.


Un salarié à temps partiel a-t-il droit aux mêmes indemnités ?

Oui. Le salarié à temps partiel bénéficie des mêmes indemnités, calculées sur la base de son salaire réel. Si le salarié a alterné temps plein et temps partiel, le calcul tient compte de chaque période distincte.


Faut-il consulter un avocat pour un licenciement économique ?

Il est fortement recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit du travail dès la réception de la lettre de convocation à l'entretien préalable. Un avocat pourra vérifier la légitimité du motif économique invoqué, contrôler les calculs d'indemnités, vous assister dans d'éventuelles négociations et, si nécessaire, introduire un recours devant le Conseil de Prud'hommes.