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Employeur : est-il possible de licencier un salarié en arrêt maladie ?

La question du licenciement d'un salarié en arrêt maladie est l'une des plus fréquemment posées par les employeurs. Entre protection du salarié et impératifs de gestion de l'entreprise, le droit du travail français encadre strictement cette situation. La réponse n'est pas aussi tranchée qu'on pourrait le croire : licencier un salarié malade n'est ni totalement interdit, ni librement permis. Tout dépend de la nature de l'arrêt de travail, du motif de licenciement invoqué et des règles applicables.


Cet article fait le point sur les règles juridiques en vigueur, les cas où le licenciement est possible, ceux où il est strictement interdit, et les risques encourus en cas de non-respect de la loi.


1. Le principe général : une protection relative du salarié malade

Contrairement à une idée reçue, la loi française ne prévoit pas d'interdiction absolue de licencier un salarié en arrêt maladie. La protection dont bénéficie le salarié dépend essentiellement de la nature de sa maladie :


  • Maladie ordinaire (non professionnelle) : Le salarié bénéficie d'une protection limitée. L'employeur ne peut pas le licencier en raison de son état de santé, mais peut le licencier pour d'autres motifs valables.
  • Accident du travail ou maladie professionnelle : Le salarié bénéficie d'une protection renforcée pendant toute la durée de la suspension de son contrat de travail, sauf exceptions strictement définies par la loi.

Cette distinction est fondamentale et conditionne l'ensemble des règles applicables.


2. Maladie ordinaire : quand le licenciement est-il possible ?

Lorsqu'un salarié est en arrêt maladie non professionnel, plusieurs situations peuvent justifier un licenciement, à condition que le motif invoqué soit réel, sérieux et indépendant de l'état de santé du salarié.


a) Le licenciement pour motif disciplinaire

L'arrêt maladie ne met pas le salarié à l'abri de sanctions disciplinaires. Si des fautes graves ou lourdes ont été commises avant ou pendant l'arrêt de travail (harcèlement, concurrence déloyale, violation du secret professionnel…), l'employeur peut engager une procédure de licenciement disciplinaire.


Points de vigilance :

  • La procédure disciplinaire doit être scrupuleusement respectée (convocation, entretien préalable, délais légaux).
  • L'entretien préalable peut être tenu pendant l'arrêt maladie, dès lors que le salarié est en mesure d'y assister.
  • Le délai de prescription des fautes est de 2 mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance (article L.1332-4 du Code du travail).

b) Le licenciement pour perturbation du fonctionnement de l'entreprise

C'est la situation la plus délicate et la plus contentieuse. La jurisprudence de la Cour de cassation admet qu'un employeur peut licencier un salarié en arrêt maladie lorsque son absence prolongée ou répétée :


  • Entraîne une perturbation grave du fonctionnement de l'entreprise ;
  • Et nécessite son remplacement définitif.

Ces deux conditions sont cumulatives. L'employeur doit être en mesure de les démontrer avec des preuves concrètes. Le simple fait qu'un salarié soit absent depuis plusieurs semaines ne suffit pas.


c) Le licenciement pour motif économique

Le licenciement économique peut intervenir pendant un arrêt maladie, à condition qu'il soit fondé sur des difficultés économiques réelles, une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité, ou une mutation technologique. L'état de santé du salarié ne peut en aucun cas être pris en compte dans cette décision.


3. Accident du travail et maladie professionnelle : une protection renforcée

Le législateur a prévu une protection spéciale pour les salariés victimes d'un accident du travail (AT) ou d'une maladie professionnelle (MP). Pendant la période de suspension du contrat de travail consécutive à un AT/MP, le licenciement est en principe nul.


Les seules exceptions admises par le Code du travail (article L.1226-9) sont :


  • La faute grave du salarié, sans lien avec son accident ou sa maladie ;
  • L'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident ou à la maladie professionnelle.

Attention : Tout licenciement prononcé en violation de ces règles est frappé de nullité absolue. Le salarié peut alors demander sa réintégration ou, à défaut, obtenir une indemnisation spécifique.


4. Tableau récapitulatif : licenciement autorisé ou interdit ?


Type d'arrêt Motif de licenciement Licenciement possible ? Conditions
Maladie ordinaire Faute grave ou lourde Oui Procédure disciplinaire respectée, délai de 2 mois
Maladie ordinaire Perturbation du fonctionnement de l'entreprise Oui Absence prolongée + nécessité de remplacement définitif prouvée
Maladie ordinaire Motif économique Oui Motif économique réel, sérieux et indépendant de l'état de santé
Maladie ordinaire État de santé du salarié Non Discrimination - licenciement nul
Accident du travail / Maladie professionnelle Tout motif sauf exceptions légales Non Protection renforcée - licenciement nul
Accident du travail / Maladie professionnelle Faute grave sans lien avec l'AT/MP Oui Faute grave avérée, sans lien avec le sinistre
Accident du travail / Maladie professionnelle Impossibilité de maintenir le contrat Oui Motif étranger à l'AT/MP démontré


5. La procédure à respecter en cas de licenciement pendant un arrêt maladie

Quel que soit le motif, la procédure de licenciement doit être rigoureusement respectée. Toute irrégularité peut entraîner des sanctions financières importantes pour l'employeur.


Les étapes obligatoires sont les suivantes :


  • Convocation à l'entretien préalable : La lettre doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Un délai minimum de 5 jours ouvrables doit être respecté entre la convocation et l'entretien.
  • Tenue de l'entretien préalable : Le salarié peut se faire assister par un membre du personnel ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur. L'entretien peut se tenir pendant l'arrêt maladie.
  • Notification du licenciement : La lettre de licenciement doit être envoyée au minimum 2 jours ouvrables après l'entretien. Elle doit préciser les motifs précis et matériellement vérifiables du licenciement.
  • Respect des délais de préavis : Sauf faute grave ou lourde, le salarié a droit à un préavis dont la durée dépend de son ancienneté et de la convention collective applicable.
  • Remise des documents de fin de contrat : Certificat de travail, reçu pour solde de tout compte, attestation France Travail (ex-Pôle emploi).
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Le cabinet Badina Letoue est en mesure de vous accompagner concernant vos problématiques en droit du travail.

6. Les risques pour l'employeur en cas de licenciement abusif ou nul

Un licenciement prononcé en méconnaissance des règles légales expose l'employeur à des conséquences financières et judiciaires lourdes :


  • Licenciement sans cause réelle et sérieuse : Indemnisation du salarié selon le barème Macron (entre 0,5 et 20 mois de salaire selon l'ancienneté et la taille de l'entreprise).
  • Licenciement nul (discrimination, violation des règles AT/MP) : Le salarié peut demander sa réintégration et le versement de l'intégralité des salaires perdus depuis la rupture. S'il ne souhaite pas être réintégré, il peut obtenir une indemnité d'au moins 6 mois de salaire, en plus des indemnités légales de licenciement.
  • Irrégularité de procédure : Indemnité d'au moins 1 mois de salaire, sans préjudice des indemnités pour absence de cause réelle et sérieuse.
  • Discrimination en raison de l'état de santé : Sanction pénale pouvant aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende (article 225-1 et suivants du Code pénal).

7. Les réflexes à adopter par l'employeur

Face à une situation impliquant un salarié en arrêt maladie, voici les réflexes à adopter :


  • Vérifier la nature de l'arrêt : Maladie ordinaire, accident du travail ou maladie professionnelle ? Cette distinction est déterminante.
  • Documenter les perturbations : Tenir un registre précis des absences, des impacts sur l'activité, des démarches de remplacement envisagées ou effectuées.
  • Ne jamais invoquer l'état de santé comme motif : Toute mention de la maladie dans la lettre de licenciement constitue une discrimination.
  • Consulter un avocat en droit du travail avant d'engager toute procédure : les risques d'erreur sont nombreux et les conséquences financières potentiellement très importantes. Prendre RDV avec notre cabinet >>
  • Respecter scrupuleusement la procédure et les délais légaux, même lorsqu'on est convaincu du bien-fondé du licenciement.

Conclusion

Le licenciement d'un salarié en arrêt maladie est possible, mais il reste strictement encadré par la loi et la jurisprudence. Le motif doit être indépendant de l'état de santé du salarié, la procédure irréprochable, et les preuves solides. La moindre erreur peut coûter très cher à l'employeur.


Face à la complexité de ces situations, il est fortement recommandé de se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du travail avant de prendre toute décision. Une analyse préalable de la situation permettra d'évaluer les risques, de choisir la stratégie adaptée et de sécuriser la procédure.

FAQ – Questions fréquentes sur le licenciement en arrêt maladie


Peut-on convoquer un salarié en arrêt maladie à un entretien préalable ?

Oui, la convocation à l'entretien préalable peut être envoyée pendant l'arrêt maladie. L'entretien peut également se tenir pendant cet arrêt, dès lors que le salarié est en état de s'y présenter. L'arrêt maladie ne suspend pas la procédure disciplinaire.


Un salarié en arrêt maladie peut-il refuser de participer à l'entretien préalable ?

Le salarié n'est pas légalement obligé de se rendre à l'entretien préalable. Cependant, son absence ne bloque pas la procédure. L'employeur peut poursuivre le processus de licenciement, sous réserve que toutes les formalités aient été respectées. En cas d'état de santé incompatible avec le déplacement, le salarié peut le justifier par un certificat médical.


Le licenciement d'un salarié en arrêt maladie est-il automatiquement nul ?

Non. La nullité du licenciement n'est automatique que dans deux cas : lorsque le motif invoqué est lié à l'état de santé du salarié (discrimination), ou lorsque la rupture intervient pendant la période de protection renforcée liée à un accident du travail ou une maladie professionnelle, hors exceptions légales. Pour une maladie ordinaire, le licenciement peut être valable s'il repose sur un motif réel et sérieux indépendant de la santé du salarié.


Quelle est la différence entre maladie ordinaire et accident du travail pour le licenciement ?

La différence est majeure. En cas de maladie ordinaire, la protection du salarié est relative : le licenciement est possible pour un motif valable sans lien avec la maladie. En cas d'accident du travail ou maladie professionnelle, le salarié bénéficie d'une protection renforcée : tout licenciement est interdit pendant la suspension du contrat, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger au sinistre.


Peut-on licencier un salarié en longue maladie pour perturbation de l'entreprise ?

Oui, c'est possible, mais les conditions sont strictes. L'employeur doit prouver que l'absence du salarié entraîne une perturbation grave et objective du fonctionnement de l'entreprise et qu'il est nécessaire de procéder à son remplacement définitif. Ces deux éléments sont cumulatifs et doivent être prouvés concrètement. La simple durée de l'absence ne suffit pas.


Un employeur peut-il licencier un salarié en arrêt maladie pendant sa période d'essai ?

Oui, le licenciement pendant la période d'essai est possible, y compris en cas d'arrêt maladie, à condition que la rupture ne soit pas motivée par l'état de santé du salarié. Cependant, si la rupture de la période d'essai est prononcée en lien avec l'arrêt de travail, elle peut être requalifiée en licenciement discriminatoire. La prudence s'impose.


Quelles indemnités sont dues en cas de licenciement pendant un arrêt maladie ?

Les indemnités dépendent du motif de licenciement. En cas de licenciement non disciplinaire, le salarié a droit à l'indemnité légale de licenciement (ou conventionnelle si plus favorable), à l'indemnité compensatrice de préavis (sauf faute grave), et à l'indemnité compensatrice de congés payés. En cas de licenciement nul, s'ajoutent des dommages et intérêts spécifiques d'au moins 6 mois de salaire, et potentiellement l'ensemble des salaires perdus depuis la rupture.


Faut-il l'accord du médecin du travail pour licencier un salarié malade ?

Non, l'accord du médecin du travail n'est pas requis pour licencier un salarié en arrêt maladie ordinaire. En revanche, à l'issue d'un arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle, le médecin du travail peut déclarer le salarié inapte à son poste lors de la visite de reprise, ce qui ouvre une procédure spécifique avec des obligations de reclassement avant tout licenciement.